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VOLUME 6, NUMÉRO 1 SEPTEMBRE
2000


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Le texte qui suit est extrait d'un numéro
hors série de Québec français proposant des
éléments de réflexion sur la grammaire. Son auteur,
Claude Simard[1], est professeur au Département
d'études sur l'enseignement et l'apprentissage à
l'Université Laval. La reproduction de cet extrait a été
autorisée par les Publications Québec français.
Survol historique des grands courants en didactique de la grammaire
Claude Simard, professeur Département
d'études sur l'enseignement et l'apprentissage, Université
Laval
Trois mouvements principaux ont
marqué l'enseignement grammatical du français langue maternelle. Il
s'agit successivement (mais les appellations peuvent varier) de la grammaire
traditionnelle, de la grammaire structurale et de la grammaire de discours ou de
texte.
La grammaire traditionnelle
Élaborée au fil du XIXe siècle parallèlement
à la mise en place de l'école publique, la grammaire traditionnelle
est encore très vivante aujourd'hui. Ainsi que Chervel[2] l'a montré, elle s'est constituée surtout en vue
de l'apprentissage de l'orthographe d'accord. La plupart des notions qu'elle
s'est efforcée de transmettre sont en effet reliées aux
règles du code orthographique. Ainsi le complément d'objet direct
est distingué du complément circonstanciel pour faire comprendre la
différence d'accord entre les structures du type Les 100 dollars que
j'ai perdus et Les 100 dollars que cela a coûté. Le champ
réservé à l'enseignement grammatical ne déborde donc
pas la morphosyntaxe de l'écrit et prend le mot comme unité de base
puisque l'objectif primordial est d'apprendre à orthographier les mots
correctement. L'auteur le plus connu de ce courant est sans consteste Maurice
Grevisse[3].
La grammaire structurale
Avec le développement de la linguistique moderne, l'enseignement
grammatical, vers le début des années 1970, s'est renouvelé
sur la base des descriptions structuralistes de la langue,
particulièrement le distributionnalisme et le générativisme.
L'orthographe s'est vue reléguée au second plan au profit de la
syntaxe de la phrase, vue non plus comme une simple suite de mots mais comme une
structure hiérarchique où les éléments
s'emboîtent les uns dans les autres un peu à la manière des
poupées gigognes. L'accent est mis sur les groupes fonctionnels (groupe
nominal, groupe verbal, etc.), sur leurs relations réciproques et sur leur
constitution interne. À la place des définitions traditionnelles
d'ordre sémantique, la grammaire structurale dégage les
propriétés des groupes fonctionnels et des classes de mots à
l'aide de manipulations concrètes d'addition, d'effacement, de
substitution ou de déplacement. L'ouvrage que Roger Gobbe a publié
en 1978[4] donne un bon aperçu du courant de
rénovation associé à la grammaire structurale.
La grammaire de discours ou de texte
Au cours des années 1980, sous l'influence de la linguistique
pragmatique et de la linguistique textuelle, un second mouvement de
rénovation gagne l'enseignement grammatical. La perspective retenue n'est
plus seulement phrastique comme dans la grammaire structurale, elle s'agrandit et
devient transphrastique. En étendant l'étude de la grammaire aux
énoncés longs que forment les discours ou les textes, on vise
à sensibiliser les élèves aux mécanismes grammaticaux
responsables de la continuité d'un texte et de son inscription dans une
situation de communication. Le numéro 86 de la revue Le français
aujourd'hui offre des illustrations pédagogiques intéressantes
de ce genre de grammaire.
Une extension progressive du champ de la grammaire
Il convient de préciser que l'historique qui vient d'être
brossé convient surtout à l'Europe francophone, car les deux
récents mouvements de rénovation se sont moins répandus au
Québec où, sur le plan de la description linguistique, la grammaire
traditionnelle a continué de primer dans les manuels et les pratiques
pédagogiques.
De façon générale, l'évolution de l'enseignement
grammatical s'est réalisée en diversifiant son contenu et
concurremment en élargissant son cadre. Il est passé de l'accord
des mots graphiques à la construction de la phrase pour aboutir au
fonctionnement des textes. Plutôt qu'une opposition irréductible
entre les trois courants successifs, il s'est opéré une progression
vers une discrimination de plus en plus fine des phénomènes
grammaticaux. En fait, l'expérience accumulée nous indique une voie
prometteuse pour redéfinir l'enseignement de la grammaire et lui donner
une forme plus englobante qui correspondrait mieux au rôle central
joué par les unités grammaticales. 
Notes
- SIMARD, Claude. « Pour une
approche transversale de la grammaire dans l'enseignement de la
langue », Québec français, numéro hors
série sous la direction de Réal Bergeron et de Godelieve de
Koninck, 4e trimestre 1999, p. 6-7. Retour au texte.
- CHERVEL, A., ...et il fallut apprendre à
écrire à tous les petits Français. Histoire de la grammaire
scolaire, Paris, Payot, 1977, 304 p. Retour au texte.
- N.D.L.R. : La dictée, les exercices de
grammaire, l'analyse logique et grammaticale font partie des activités
types de l'approche traditionnelle. Retour au texte.
- GOBBE, R., Pour appliquer la grammaire nouvelle.
Morphosyntaxe de la phrase de base, Paris/Gembloux, Duculot, 1978, 296 p. Retour au texte.
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