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VOLUME 11, NUMÉRO 3 LES TROUBLES D’APPRENTISSAGE : LES MESURES SPÉCIALES TROUBLES D’APPRENTISSAGE LA DYSLEXIE LA DYSLEXIE DÉVELOPPEMENTALE |
La dyslexie développementale au collégial :
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| Tableau 1 Regroupement des étudiants selon le score au questionnaire (% sur le total de la population évaluée) | |||
| DD N=38 |
ND N=274 |
NM N=190 |
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| Score 1-9 | 0,2 % | | 41 % (N=190) |
| Score 10-38 | 7,37 % | 59 % | |
Les étudiants dyslexiques diagnostiqués (DD) qui ont obtenu des scores allant de 9 à 38 (sur un total de 50) constituent 7,5 % de l’ensemble des participants. Les scores des autres étudiants varient de 1 à 35. Sur la base de ces scores, nous avons procédé au regroupement de tous les étudiants ayant des scores similaires à ceux obtenus par les DD afin de les comparer à ces derniers. Nous les avons regroupés sous le nom de ND. Ils représentent 59 % de la population non dyslexique. Les étudiants ayant obtenu un score inférieur à 10 constituent le groupe témoin de normolecteurs (NM) ; ils forment 41 % de la population non dyslexique.
Répartition du groupe ND selon la population ciblée
| Tableau 2 Répartition des étudiants ND selon la population ciblée | |||
| N | % | ||
| MAN | 130 | 47,5 | |
| ALS | 50 | 18 | |
| Français 1 | 31 | 11,5 | |
| Tous les autres | 59 | 21,5 | |
Le tableau 2 nous donne un aperçu de la population constituant le groupe dont les scores sont similaires à ceux des dyslexiques. Nous remarquons qu’une partie importante des étudiants qui la composent suit des cours de mise à niveau en français. Nous observons également la présence dans ce groupe de 11,5 % des étudiants recrutés dans les cours de français 1 qui devaient former, initialement, le groupe des normolecteurs. Ces données démontrent la pertinence du recours aux scores au questionnaire pour dégager les différents groupes aux fins de comparaison des profils.
Incidence du sexe sur la dyslexie
| Tableau 3 Nombre d'étudiants selon le sexe | |||
| DD N=38 |
ND N=274 |
NM N=190 |
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| F | 20 | 137 | 102 |
| M | 18 | 137 | 88 |
Les garçons dyslexiques sont-ils plus nombreux que les filles ? Nos résultats ne montrent pas de différence de prévalence selon le genre, même si le recrutement des participants n’a pas été équilibré selon le sexe. En effet, tous les étudiants et étudiantes qui se sont présentés ont été retenus dans l’étude, quel que soit leur sexe. La prévalence des garçons dyslexiques est une source de débat dans la recherche sur la dyslexie sans qu’aucun consensus n’ait été atteint à ce jour. Cependant, même si de nombreuses études rapportent des taux de dyslexie plus élevés chez les garçons que chez les filles, une étude récente de Shaywitz et autres (2001) montre que cette prévalence serait liée à un biais de recrutement et au fait que les garçons ont plus de troubles de comportement que les filles et font donc l’objet de plus de demandes d’évaluations psychologiques de la part des enseignants auprès des écoles. Elle en conclut que la vulnérabilité des garçons aux troubles de lecture ne serait qu’un mythe.
Hérédité en dyslexie
| Tableau 4 Étudiants ayant un membre de la famille avec difficultés de lecture ou d'écriture | |||
| DD N=38 |
ND N=274 |
NM N=190 |
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| Lecture | 73,68 % | 31,75 % | 8,9 % |
| Écriture | 76,31 % | 42 % | 14,73 % |
Comme l’indique le tableau 4, 74 % des DD rapportent la présence d’un membre de leur famille éprouvant des difficultés de lecture alors que 76 % d’entre eux rapportent un cas de difficultés d’écriture. Nous trouvons un profil similaire dans le groupe ND, même si les taux ne sont pas aussi élevés. On constate assez souvent qu’un enfant dyslexique appartient à une famille dans laquelle on compte une ou plusieurs personnes dyslexiques. En effet, de nombreuses études rapportent une incidence de l’hérédité dans la manifestation de la dyslexie. Dans une importante étude menée en 1990 sur 32 familles de dyslexiques, Scarborough constate que dans ces familles, qu’elle a évaluées et suivies pendant plusieurs années, 65 % des enfants qui en sont issus développent à leur tour une dyslexie. Cette composante génétique de la dyslexie est confirmée par des données relevées auprès de jumeaux monozygotes et dizygotes. DeFries et Alcaron (1996) remarquent que l’incidence de la dyslexie est plus élevée chez les jumeaux issus du même œuf et, par conséquent, partageant le même patrimoine génétique, que chez les jumeaux qui n’en partagent que la moitié.
Cheminement scolaire
D’après le graphique 1, le cheminement scolaire des DD est caractérisé par des reprises de cours à l’école primaire et au collège ; 31,5 % d’entre eux n’ont pas complété leur études en cinq ans alors que 34 % ont dû fréquenter une école de l’éducation des adultes pour terminer leur scolarité. Près de la moitié des dyslexiques diagnostiqués (47,5 %) ont pris, au moins une fois, un cours de mise à niveau en français.
On observe un profil similaire, si ce n’est plus accentué, chez les étudiants ND. En effet, les taux de complétion des études secondaires en plus de cinq ans et de fréquentation d’écoles pour adultes sont bien plus élevés dans ce type de population. Ces retards et perturbations scolaires pourraient s’expliquer par l’absence de soutien et d’intervention pédagogiques, puisque ces étudiants n’ont jamais bénéficié d’une évaluation langagière formelle, et par conséquent, ne peuvent pas se prévaloir d’un diagnostic formel de dyslexie qui les autoriserait à bénéficier des mesures d’aide disponibles dans les écoles.
Consultations et soutien
Les enfants éprouvant des difficultés langagières sont renvoyés à des orthophonistes, des neuropsychologues, des psychologues ou des orthopédagogues pour subir des évaluations et, éventuellement, recevoir des services de thérapie clinique ou d’intervention pédagogique, selon les cas. Il n’est donc pas surprenant de constater que 100 % des DD ont reçu l’aide d’au moins un des professionnels que nous venons d’évoquer, d’autant que, comme nous l’avons déjà souligné, les DD sont des étudiants qui présentent un diagnostic formel de dyslexie. Cependant, le point qui suscite notre intérêt dans le graphique 2 concerne le taux d’étudiants non diagnostiqués qui ont rencontré au moins un de ces professionnels. Ce taux démontre qu’il existe une population dont les difficultés langagières pourraient cacher des cas de dyslexie non diagnostiquée et qui nécessiterait des évaluations linguistiques complémentaires. Il serait très intéressant d’en savoir plus sur les raisons qui ont amené à la consultation et sur le type et la durée d’intervention ou de suivi reçu. Il y a lieu de mentionner que quelques-uns des étudiants nous ont dit avoir été évalués dans leur milieu scolaire et avoir parfois reçu des mesures d’aide.
Habiletés en langage oral
Le graphique 3 nous présente des profils semblables de la performance orale des DD et des ND. Les deux groupes rapportent avoir eu des difficultés à s’exprimer durant la prime enfance, chercher péniblement leurs mots et hésiter sur les mots longs dans une conversation, et enfin, transposer des sons produire « statrégie » au moment de dire « stratégie ». Ces résultats sont compatibles avec les preuves expérimentales recueillies dans la littérature et qui supportent particulièrement l’hypothèse selon laquelle les dyslexiques manifesteraient des déficits dans le langage oral (Sprenger-Charolles et Colé, 2003). Ces types de difficultés dans le langage oral sont souvent associés aux indicateurs de la dyslexie.
Habiletés en lecture
La lecture constitue clairement le domaine dans lequel aussi bien les DD que les ND éprouvent le plus de difficultés. Nous remarquons dans le graphique 4 des taux élevés d’étudiants rapportant des comportements de déficience face à des activités liées à la lecture comparativement au groupe des NM. Entre 30 et 90 % des participants des deux groupes relatent avoir connu des difficultés d’apprentissage de la lecture, lire de manière lente et hésitante lorsque cette activité est effectuée à voix haute, éprouver de la fatigue même lorsque la lecture implique des textes courts, déployer beaucoup d’efforts pour parvenir à comprendre ce qu’ils lisent et parfois ne pas y parvenir après une première lecture. Par ailleurs, beaucoup d’entre eux expriment le besoin de temps additionnel par rapport au reste de leurs pairs pour compléter des tâches de lecture en classe. On voit donc que les difficultés à identifier les mots écrits sont telles qu’elles mobilisent une part importante des ressources du système cognitif et, par conséquent, affectent les processus de compréhension. Il reste, en effet, peu de ces ressources disponibles lorsque survient la tâche de compréhension, ce qui entraîne inévitablement des difficultés plus ou moins importantes de compréhension en lecture.
Habiletés en écriture
Les données présentées dans le graphique 5 confirment que des difficultés orthographiques accompagnent systématiquement la dyslexie développementale. Mais ce qui ressort également de ces données, ce sont les taux élevés du groupe control NM. Tout comme les DD et les ND, les NM rapportent connaître des difficultés avec l’orthographe des mots et la grammaire. Si nous considérons les trois groupes, nous constatons que les taux varient de 25 à 100 % en ce qui concerne les difficultés en orthographe et de 40 à 57 % pour ce qui est des problèmes en grammaire. D’autres déficits associés à l’activité d’écrire apparaissent dans ces données : les étudiants mentionnent des problèmes avec les temps des verbes, et une incapacité à voir leur fautes lorsqu’ils se relisent et à terminer leur activités dans les temps impartis.
Les données obtenues à l’aide du questionnaire nous donnent un premier profil des comportements cognitifs et langagiers des étudiants dyslexiques diagnostiqués. Dans leurs réponses, ces derniers expriment des difficultés aussi bien dans la lecture que dans l’expression orale et dans l’écriture. Ces données nous permettent également d’identifier un type de population dont le profil des difficultés langagières semble s’apparenter à celui des dyslexiques et qui nécessiterait des évaluations linguistiques complémentaires et plus approfondies. Cet aspect constitue la deuxième étape de notre recherche, étape déjà entamée. À titre indicatif, nous avons invité, parmi les ND, les étudiants dont les scores sont élevés à passer une série de tests de langage visant le dépistage de la dyslexie. Nous avons fait passer ces mêmes tests à un groupe de DD et à un groupe de NM. Les premiers résultats sont très prometteurs.
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Note