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VOLUME 10, NUMÉRO 3 MAITRISER COMBIEN AVEZ-VOUS L’ORTHOGRAPHE RECTIFIÉE PHILOSOPHIE/FRANÇAIS : |
Maitriser la nouvelle orthographeCet article vous invite à mettre en application la nouvelle orthographe. Dans le numéro précédent de Correspondance, nous vous avons présenté de façon générale les rectifications. Aujourd’hui, nous vous donnons des trucs pratiques, et vous vous amuserez à faire des exercices.
Avez-vous visité en ligne le Musée de la nouvelle orthographe ? Il s’agit d’un jeu amusant, interactif, offert sur le site du CCDMD : www.ccdmd.qc.ca/fr. Cet exercice d’initiation et de sensibilisation a été mis en ligne au moment du congrès de l’Association québécoise des professeures et professeurs de français (AQPF) en octobre dernier. D’autres exercices en ligne ont été ajoutés sur le site. Des trucs pratiquesQuand vous écrivez en nouvelle orthographe dans Word, certains mots ainsi orthographiés ne sont malheureusement pas reconnus. Le logiciel vous indique alors une erreur possible par un surlignement rouge. Rassurez-vous, Microsoft a annoncé que le dictionnaire de Word serait mis à jour en 2005 pour contrer ce problème ! Vous n’avez pas la dernière version de Word vous permettant de vous procurer gratuitement la mise à jour du dictionnaire ? Voici quelques solutions faciles qui s’offrent à vous. Premièrement, si vous vous procurez un correcteur avancé (Antidote Prisme, par exemple, a mis à jour ses dictionnaires et son correcteur informatisé en 2003), vous aurez beaucoup de facilité à vous assurer que vos textes ne contiennent plus de graphies traditionnelles. En effet, de tels logiciels permettent plusieurs types de correction : une correction qui applique systématiquement la nouvelle orthographe, une correction qui retient uniquement l’ancienne orthographe, ou encore une correction qui accepte les deux orthographes. De plus, les « prismes » d’Antidote permettent de repérer en un coup d’œil toutes les graphies anciennes. Non seulement ces prismes vous donnent des statistiques (nombre de mots rectifiés dans votre texte, nombre de mots ayant gardé leur graphie traditionnelle dans votre texte), mais aussi Antidote surligne en jaune à votre demande tous les mots de la nouvelle orthographe ou, au contraire, tous les mots qui devraient être rectifiés dans votre document. Deuxièmement, sachez que la plupart des programmes de traitement de texte disposent d’une option de « correction automatique » ou d’« autocorrection » : certains mots très souvent mal orthographiés sont automatiquement corrigés. Par exemple, si vous tapez le mot recomandé (avec un seul m), votre texteur en corrigera probablement l’orthographe pour recommandé sans vous en avertir, et ce, sitôt que vous aurez tapé sur la barre d’espacement. Cette option est souvent très utile, mais elle devient gênante dans la mesure où certaines graphies rectifiées (comme reconnaitre) sont « corrigées » malencontreusement par les versions anciennes de la plupart des programmes de traitement de texte. Il existe, heureusement, une solution simple et gratuite pour éviter un tel désagrément sans avoir à vous procurer une mise à jour. Elle ne prend que quelques minutes, et votre texteur ne convertira plus à votre insu des graphies nouvelles en graphies anciennes. Il suffit d’appliquer la solution une fois. Installez-vous devant votre écran dès maintenant et suivez-nous...
Parcourir l’ensemble des mots de la liste en ordre alphabétique et en détruire les paires indésirables prend quelques minutes seulement. Surveillez particulièrement les graphies anciennes : ambiguë, apparaître, apparaît, asseoir, chariot, connaît, connaître, disparaît, disparaître, événement, imbécillité, paraître, reconnaît, reconnaître, réglementation. Ce sont celles qui sont retenues dans la plupart des listes de correction automatique.
Si vous souhaitez indiquer explicitement à vos lecteurs et lectrices que vous employez la nouvelle orthographe, voici trois moyens pratiques pour le faire. Un logo de conformité est téléchargeable à partir du site www.orthographe-recommandee.info/pros. Plusieurs versions sont proposées : « Ce texte est conforme à la nouvelle orthographe », « Ce document est conforme à la nouvelle orthographe », etc. Téléchargez sur votre ordinateur l’image désirée, et apposez-la dans vos documents chaque fois que vous le jugez utile. Vous pouvez aussi ajouter, par exemple dans vos messages de courrier électronique, une mention à la fin de votre texte signalant que vous appliquez les rectifications orthographiques dans vos écrits. Vous pouvez insérer cette indication de façon automatique dans tous vos courriels, grâce à la fonction d’insertion automatique de signature qu’offrent la plupart des logiciels (dans Outlook, choisissez Outils > Options... > Signatures).
Exercices pratiquesLes rectifications de l’orthographe touchent des thèmes tels le trait d’union et la soudure, le singulier et le pluriel, les accents et le tréma, la simplification de consonnes doubles, les anomalies. Au total, deux-mille mots sont touchés. Vous trouverez dans le livre Connaitre et maitriser la nouvelle orthographe[2] des exercices complets et commentés (les trucs pratiques ci-dessus sont tirés de ce livre). Une version remaniée de ces exercices complets vient tout juste d’être mise en ligne sur le site du CCDMD, téléchargeable pour vos étudiants, dans le dossier Orthographe d’usage. Voici maintenant quelques exercices (et leur corrigé) pour vous et vos élèves. Sortez vos crayons !
Les numéraux composés sont systématiquement reliés par des traits d’union. Écrivez en lettres les nombres suivants : 167, 2005, 31/4, 30 1/4, 481, 200 maisons.
Les préfixes contr(e)-, entr(e)-, extra-, infra-, intra- et ultra- ne prennent plus le trait d’union. Le trait d’union est également remplacé par la soudure dans les composés d’éléments dits « savants » (non autonomes). Écrivez les combinaisons demandées, en tenant compte des rectifications : contre + jour, entre + temps, extra + terrestre, aéro + club, audio + visuel, cardio + vasculaire, cumulo + nimbus, hydro + électrique, socio + économique.
La soudure s’impose dans les onomatopées (mots imitatifs) et les mots d’origine étrangère. Récrivez les mots suivants : bla-bla, coin-coin, tam-tam, hara-kiri, base-ball, cow-boy, statu quo, week-end.
Dans les noms composés du type pèse-lettre (verbe + nom) ou sans-abri (préposition + nom), le second élément prend la marque du pluriel toujours et seulement lorsque le mot est au pluriel. Ces noms composés suivent donc la règle du singulier et du pluriel des mots simples. a) Parmi les mots suivants, dites lesquels sont touchés par les rectifications orthographiques : arc-en-ciel, centre-ville, chasse-neige, grand-père, hors-jeu, Jean-Pierre, rince-bouche, taille-crayon, trompe-l’œil. b) Mettez les mots suivants au singulier et au pluriel (par exemple, un cure-dent, des cure-dents) : abat-jour, après-midi, casse-noisette, chauffe-eau, compte-goutte, garde-pêche.
Les mots empruntés forment leur pluriel de la même manière que les mots français et sont accentués conformément aux règles qui s’appliquent aux mots français. a) Mettez les mots suivants au pluriel en les francisant : barman, crescendo, lobby, ravioli, sandwich (anciennement des barmen, des crescendo, des lobbies, des ravioli, des sandwiches). b) Récrivez en nouvelle orthographe les mots suivants, en francisant leur graphie (accentuation plus conforme) : beluga, diesel, pizzeria, placebo, referendum, revolver.
L’accent circonflexe n’est plus nécessaire sur i et u. On le maintient néanmoins dans les terminaisons verbales du passé simple et du subjonctif, ainsi que dans les cas particuliers suivants, qui seraient ambigus sans l’accent : dû, sûr, mûr, jeûne(s) et les conjugaisons de croitre qui se confondraient avec celles de croire (je croîs, il croît...). C’est tout ! Récrivez les mots suivants en tenant compte des rectifications orthographiques : août, âme, assidûment, connaît, croîtra, goût, impôt, piqûre, s’il vous plaît.
Les verbes comme céder prennent l’accent grave au futur et au conditionnel : tu cèderas, il règlerait. Conjuguez au futur, avec je, les verbes suivants : sécher, tolérer, compléter, célébrer.
Les verbes en -eler ou -eter se conjuguent sur le modèle de peler ou de acheter. Font exception à cette règle appeler, jeter et leurs composés. Conjuguez à l’indicatif présent (avec il) : amonceler, épousseter, projeter, ruisseler, harceler.
On harmonise quelques familles (ex. : persiffler prend deux f, comme siffler) et quelques séries sont plus cohérentes (ex. : levreau se termine comme chevreau et lionceau). Corrigez les mots suivants : bonhomie, boursoufler, imbécillité. Corrigez les incohérences suivantes : asseoir (mais je m’assois), il est dissous (mais elle est dissoute), eczéma (mais examen, exercice), oignon (mais rognon, trognon).
Enfin, quelques graphies isolées ont été rectifiées. C’est le cas notamment de nénufar, qui fait beaucoup parler de lui. Certaines personnes semblent avoir un attachement inconsidéré pour un ph qui est... fautif ! Savez-vous qu’on a depuis toujours écrit nénufar avec un f ? Ce mot vient de l’arabe nînûfar. Ce n’est qu’en 1935 qu’une erreur a été enregistrée dans le Dictionnaire de l’Académie française : on avait cru à tort que ce mot était d’origine grecque. Cette erreur humaine vient d’être réparée. C’est le seul mot en français dont le ph a été rectifié en f récemment. Le seul ! Donc, l’orthographe de mots comme philosophie, pharmacien, photo n’est pas modifiée. On écrit toujours ces mots avec ph. Rappelez-vous que toutes les rectifications orthographiques sont justifiées puisque les experts, en toute connaissance du dossier, en ont pesé largement le pour et le contre. Dites comment on doit maintenant écrire éléphant.
ConclusionQuelques autres phénomènes n’ont pas été mentionnés ici : l’invariabilité du participe passé laissé suivi de l’infinitif, l’harmonisation de mots en -ole et de verbes en -oter, quelques autres cas de soudure, l’accentuation plus régulière (comme dans évènement, crèmerie, règlementation), l’accent grave des noms en -ement dérivés de verbes en -eler et -eter (ruissèlement), le déplacement du tréma dans aigüe, ambigüité, par exemple. Nous aurions aussi aimé donner mille-et-une justifications au sujet de tel ou tel cas, mais l’espace nous manque ici. Vous avez encore des interrogations ? Documentez-vous en jetant un coup d’oeil aux nouveaux exercices en ligne du CCDMD. Et pourquoi ne pas commencer dès maintenant (si ce n’est déjà fait) à utiliser les nouvelles graphies que vous connaissez ? L’usage, même partiel, de la nouvelle orthographe (par vous ou vos étudiants) n’est pas fautif, puisque les deux graphies, rappelons-le, sont acceptées.
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